dimanche 28 octobre 2012

Va-t-on vers une islamisation des médias publics au Mali ?


Je suis extrêmement choquée par ce qui se passe entre l'ORTM et le Haut Conseil Islamique depuis un certain moment. Et encore plus effarée en apprenant qu’il y a eu une rencontre visant à concilier les deux parties, sur initiative du ministre de l'administration territoriale. Je pense que les médias d'une façon générale et l'ORTM en particulier doivent garder leur indépendance et leur liberté. Le HCI n'a ni à fixer la ligne éditoriale de l'ORTM, ni à décider qui est habilité ou pas à diriger cet organe national.

J'ai peur que le mélange des genres ait encore du chemin devant lui au Mali. Comment pouvons-nous comprendre la tentative du Haut Conseil Islamique d’imposer ses règles au directeur de l’ORTM ou de donner un avis sur la personne qui est sensée ou pas diriger ce média public? Depuis quand, donnons-nous ce pouvoir aux musulmans du Mali ? Le pays est-il devenu un Etat islamique ? Et dans ce cas que ferons-nous des autres religions, que ferons-nous des nombreux maliens qui ne disposent d’aucune religion ? Le Mali est-il toujours un pays laïc ?

Les médias jouent un rôle vital dans les sociétés. Ils permettent de construire une paix durable, favoriser et promouvoir le dialogue entre les communautés au sein d’une société. Ils doivent incarner les valeurs de la société à laquelle ils appartiennent. Mais il est évident que lorsque ce rôle, ainsi que l’éthique et la déontologie de la profession du journaliste sont incompris au sein d’une société, cela peut être fatal, notamment pour les journalistes et les rend vulnérables aux pressions qu’elles soient religieuses ou politiques. Et lorsque dans un Etat laïc, un seul groupe religieux impose sa vision, cela peut également créer un sentiment d’injustice notamment contre les minorités religieuses et celles qui ne disposent d’aucune religion. Une telle situation compromet à l’évidence la liberté de la presse et la liberté d’expression d’une façon générale dans notre pays.

Une telle réalité est extrêmement alarmante, car les médias doivent rester libres, indépendants, impartiaux et pluralistes. Pendant ces temps difficiles dans l’histoire du Mali, les médias doivent veiller au respect des droits de l’Homme et ceux des minorités en particulier. Chaque organe de média a la lourde responsabilité de privilégier l’approche sociale de la profession en se faisant le porte parole de tous ceux qui peinent à se faire entendre dans notre société.

Les journalistes doivent plus que jamais mesurer l’impact de leurs productions sur les populations. Peut-on imaginer les conséquences pendant cette période de crise, lorsque l’information n’est pas donnée ou qu’elle est manipulée ou bridée ? Les médias doivent dire la vérité et évoquer les inquiétudes des populations.

Le Haut Conseil Islamique a-t-il vraiment conscience de la fonction des médias et en particulier celle de l’ORTM ? a-t-il pensé aux autres religions dans le pays ? Ne sommes-nous pas entrain de nous diriger vers une islamisation du Mali et ne risquerons-nous pas d'ignorer, voir exclure les minorités religieuses dans notre pays.
Nous devons faire attention et être vigilants, en tant professionnels de médias. Nous avons la responsabilité de sauvegarder l'éthique et les valeurs propres aux médias, si nous ne voulons pas perdre à jamais les sacrifices de ceux qui se sont battus pour l'instauration de la liberté, de l'indépendance et la démocratie au Mali.

Les professionnels des médias doivent être plus que jamais solidaires, pour traverser ces moments difficiles que vit le Mali, car le danger d'une perte d'autonomie n'est jamais loin. Nous devons rester debout et défendre nos valeurs. Je suis consciente de la difficulté à se faire entendre et à se faire respecter en tant que professionnels de médias au Mali, particulièrement dans une période comme celle que traverse le pays, mais est ce vraiment une raison qui justifierait le laxisme, l’hypocrisie et la manipulation ?

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